1960 : la France est entrée, depuis deux ans, dans la Ve République et – avec elle – dans une période apaisée de modernisation technique et économique. Mais le répit sera de courte durée car – outre la guerre d’Algérie qui continue de faire rage – vont bientôt éclater les « événements » de mai 68.

Les progrès manifestes de la société française viennent se heurter au malaise des étudiants qui – écœurés par le gouvernement gaulliste – se lancent dans la « révolution culturelle » avec, pour mot d’ordre, « un refus éperdu des règles, des institutions, des codes » (Roland Barthes). Une période troublée, donc, à l’image des bouleversements qui vont toucher les lettres françaises.

La recherche de nouvelles formes

À l’heure où de grands noms de la littérature disparaissent (Cocteau en 1963 et Breton en 1966), certains groupes – à la recherche de nouveaux instruments littéraires – apparaissent. C’est le cas de l’Oulipo («ouvroir de littérature potentielle») que fondent, entre autres, François le Lionnais et Raymond Queneau en 1960. Les Oulipiens, dont Georges Perec et Jacques Roubaud, font essentiellement de la poésie, d’une manière ludique et humoristique, en s’imposant des règles lexicales, grammaticales et graphiques aussi strictes qu’arbitraires – comme le renoncement à une voyelle dans un texte entier (lipogramme).

L’autre grande affaire intellectuelle de l’heure, c’est le structuralisme. Lequel vise à repérer et à analyser les systèmes de relations dans lesquels l’homme et son langage se trouvent pris. Citons, parmi les principaux représentants de ce courant : Benveniste, Barthes et Jakobson.

Ce courant de pensée, qui a durablement marqué l’ensemble des sciences humaines (linguistique, anthropologie, philosophie, psychanalyse), est – pour Henri Mitterand – « une renaissance de l’esprit critique, de la volonté d’analyse, comparable à l’esprit philosophique des Lumières, ou au positivisme du XIXe siècle, et sans équivalent dans les cinquante premières années du siècle » (La Littérature française du XXe siècle, Éditions Nathan, 1996).

Le combat féministe

Les années 70 sont LA décennie des femmes et de leurs revendications. Comme le souligne Henri Mitterand: « Alors que Le deuxième sexe, de Simone de Beauvoir (1949), avait appelé les femmes à refuser leur différence, les féministes des années 1970 revendiquent la spécificité absolue du féminin, et opposent au terrorisme de la « parole d’homme », au discours du Père, la subversion de la « parole de femme », de «l’écriture-femme». »

À cette époque, les textes critiques ou de témoignage au féminin pullulent : La cause des femmes (Gisèle Halimi, 1973), Les mots pour le dire (Marie Cardinal, 1976), Ce sexe qui n’en est pas un (Luce Irigaray, 1977), etc. La liste est quasi infinie !

Dans Les Parleuses (1974), Marguerite Duras estime que c’est encore la « classe phallique » qui domine et impose ses injonctions tacites à la gent féminine : « il y a un mode d’emploi de la femme qui est dicté par l’homme », explique-t-elle à Xavière Gauthier.

Tendances du roman contemporain

Au tournant des années 80, les expérimentations du Nouveau Roman commencent à s’essouffler, laissant place à une direction majeure de la littérature contemporaine qui continue à inonder les étals de nos librairies: l’écriture de soi ou récit de vie. On parle aussi beaucoup d’« autofiction » pour désigner un texte où le narrateur-auteur transforme en fiction les événements de sa vie intime (Doubrovsky, Un amour de soi, 1982).

À l’heure où les blogueurs et autres « people » jugent intéressant – et surtout lucratif ! – de publier leur journal ou leur biographie, chacun se croit, ces derniers temps, autorisé à écrire. Oubliant trop souvent – hélas ! – que l’écriture est un art qu’il n’est pas donné au commun des mortels de pratiquer…

À la fin du XXe siècle, c’est de nouveau “l’écriture-femme” qui est à l’honneur. En effet, dans les années 90, ce sont surtout les auteures qui font les beaux jours de la rentrée littéraire avec des livres souvent dérangeants et diversement appréciés par l’intelligentsia parisienne. On pense à Amélie Nothomb et son Hygiène de l’assassin (1992), à Marie Darrieussecq et ses Truismes (1996) ou bien encore à Christine Angot et son sulfureux Inceste (1999). Notons qu’à part Nothomb, justement, les deux autres semblent tombées – à tort ou à raison ? – aux oubliettes.

Avenir de la littérature française

D’une manière générale, depuis une vingtaine d’années, on voit peu d’auteurs – mis à part les mastodontes graphomanes de l’édition comme Lévy ou Musso – construire une véritable œuvre de façon pérenne. Certains noms, heureusement, surnagent… Régis Jauffret, par exemple, qui depuis 1985 et en une petite vingtaine de livres a su créer un univers original. Idem pour Philippe Besson, écrivain de l’intime par excellence, qui tisse petit à petit une œuvre sensible et intéressante sur le plan esthétique.

À leur décharge, il faut dire que le monde de l’édition a beaucoup évolué ces vingt dernières années. Le livre est devenu un produit comme un autre, coincé – dans nos supermarchés – entre les paquets de lessive et de couches. Sans compter la révolution Internet et l’apparition du ebook qui ont profondément modifié notre rapport à la chose écrite, notamment chez la jeune génération.

Cela étant, il faut espoir garder. C’est ce que préconise, d’ailleurs, sagement Henri Mitterand : « Le regard en avant inciterait à espérer et à rêver. Espérer dans l’enfance d’aujourd’hui, où se recruteront les auteurs de demain. Il existe d’immenses réserves d’écriture en France. Rêver, enfin, sur le futur de l’œuvre littéraire au XXIe siècle, lorsque les « autoroutes de l’information » ouvriront à chacun, dans l’instant, tout le savoir et tout l’imaginaire du monde, l’opéra combiné des paroles, des sons et des images… » La messe est dite !